Quelques interrogations face au suicide assisté
Les actualités des dernier jours ont remis en avant-scène la question extrêmement délicate du
suicide assisté. Avec de sujets semblables, les positions tranchées et fortement polarisées
évacuent la complexité de la problématique pour ne pas dire des problématiques, de cette
question. Il importe avant tout d'entendre et d'écouter les personnes souffrantes.
Nous souhaitons attirer l'attention sur certains aspects sous-jacents au suicide assisté. Si la
question du suicide assisté relève d'une décision individuelle, nous ne pouvons faire fi qu'elle
s'insère dans un contexte plus global qui détermine en grande partie l'approche et la définition de
critères éthiques. L'hypothèse que nous formulons est liée au courant de pensée prédominant
dans notre société : les prémisses économiques, voire néolibérales, colorent la question du suicide
assisté et de bien d'autres enjeux éthiques. Elles déterminent l'évaluation de la nécessité ou non
de poser un tel acte.
Cette hypothèse s'appuie sur la description généralement acceptée de "la dignité humaine". En
effet, "la dignité" dont il est question se définit comme celle de l'autonomie absolue de
l'individu. Cette valeur s'enracine dans la compréhension de l'être humain telle qu'élaborée dans
l'économie la plus classique. Dans cette perspective, toute perte d'autonomie, aussi minime soit-
elle, est immédiatement considérée comme une diminution de "la rentabilité et de la
performance" de la personne face à elle-même, à ses proches et à la société dans son ensemble.
Ainsi, la personne est davantage exclue et est étiquetée comme un "fardeau" puisqu'elle ne peut
plus s'inscrire pleinement dans une forme d'utilité instrumentale fixant, à la limite, "sa valeur".
Il est possible que des personnes traversant une période de vulnérabilité, intériorisent cette
perception renforçant alors le sentiment d'être coupable de vivre à cause de leur "appropriation"
de ressources que des gens plus "performants" pourraient bénéficier. Dans notre contexte
économiste et de compressions budgétaires, n'y a-t-il pas le risque de passer du "droit" au
"devoir" du suicide? Ne risquons-nous pas de justifier des compressions plus importantes des
subventions dédiées aux aidant-e-s naturel-le-s qui se retrouvent déjà dans des situations
précaires?
Ce sont les motifs pour lesquels, dans un contexte néolibéral, il convient de se montrer prudent
dans la décriminalisation ou la légalisation du suicide assisté. Inévitablement, des dérives et des
abus pourraient se produire surtout à l'égard des personnes ostracisées.
Cependant, le débat a l'avantage de revoir les fondements de nos sociétés et de les questionner.
En effet, la perspective est tout autre lorsque nous adoptons des prémisses humanistes et
écologiques qui établissent la relation comme point de départ de toute réflexion. Dans cette
optique, la dignité humaine se perçoit dans la capacité relationnelle indépendamment de la
performance ou de la rentabilité des personnes. Tout être humain s'inscrit dans un réseau de
vivants et contribue, par sa présence, au devenir du monde.
Patrice Perreault, bibliste
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